Ces dernières années, les rapports se sont multipliés sur la prise en charge, en France, de la santé mentale des enfants et des adolescents et tous ont pour point commun une description préoccupante de la situation.
Cet article s’appuie sur 3 rapports récents :
- Celui de la Cour des Comptes : « La pédopsychiatre – un accès et une offre de soins à réorganiser » - Mars 2023
- Celui du HCFEA (haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge) : « L’aide et le soin aux enfants et adolescents en pédopsychiatrie et santé mentale » - Janvier 2025
- Celui du CESE (conseil économique, social et environnemental) : « Santé mentale et bien-être des enfants et des jeunes : un enjeu de société » - Octobre 2025
Notons tout d’abord que les 3 rapports pointent une dégradation préoccupante et persistante de la santé mentale des enfants et des jeunes (dégradation amorcée avant la pandémie de Covid). Quelques constats, issus du rapport du CESE, illustrent cette évolution :
- Des troubles de la santé mentale qui se manifestent dès le primaire.
- La santé mentale et le bien-être se dégradent au cours du collège et ne s’améliorent pas au cours du lycée.
- Chez les 18-24 ans les pensées suicidaires ont été multipliées par 2 depuis 2014.
- Une augmentation préoccupante des prescriptions de psychotropes chez les jeunes.
- Etc.
Alors que nous sommes aujourd’hui confrontés à une augmentation massive des besoins touchant à la santé mentale des enfants et des adolescents, nous constatons une baisse effective et alarmante des moyens disponibles.
Cette baisse se traduit de façon très nette à plusieurs niveaux :
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Une chute hors norme du nombre de pédopsychiatres en France : - 34% de pédopsychiatres entre 2010 et 2022 !
Crise qui s’annonce encore plus aigüe dans les années à venir :
• En 2022, 37% des médecins compétents en pédopsychiatrie sont des retraités actifs avec une moyenne de 72 ans.
• 47% des pédopsychiatres actifs ont plus de 60 ans.
Selon la Cour des Compte, « Cette tendance devrait aboutir à ce que, sans mesure ciblée, ils soient moins de 1000 praticiens d’ici à 2035 » [contre 3100 en 2010]. La Cour des Compte préconise ainsi un certain nombre de mesures pour renforcer l’attractivité du métier de pédopsychiatre. -
Une fermeture massive de lits dans le domaine de la pédopsychiatrie : entre 1986 et 2013, près de 58% des lits ont fermé alors que la population des moins de 16 ans restait globalement stable.
Dès lors, une part non négligeable des hospitalisations des jeunes se fait dans les services pour adultes. Rapporté à notre vécu, ce constat résonne de façon cruelle : le 6 mars 2025, Zoé avait demandé à être internée en pédopsychiatrie et, faute de place, elle fut orientée vers les urgences pédiatriques… qui l’ont laissé fuguer une heure après son admission ! -
Dans le cadre de la santé mentale des enfants et des adolescents, des services d’urgence inexistants ou faiblement opérationnels.
Ainsi la Cour précise que « contrairement à l’offre de soins pour les adultes, il n’existe pas, sauf exception, de services d’urgence pédopsychiatriques, les hospitalisations s’effectuent donc en services d’urgences générales ou pédiatriques et parfois en service psychiatriques adultes pour les adolescents (cf. ci-dessus).
En pédopsychiatrie, l’urgence se caractérise le plus souvent par une crise, notamment de type suicidaire, dont la prise en charge ne devrait pas nécessairement conduire aux urgences ». (Rapport de la Cour des Comptes – p40). - Contrairement à certains pays d’Europe (Grande-Bretagne, Pays-Bas ou Danemark), les médecins généralistes en France sont peu formés au repérage des troubles psychiques alors qu’ils sont les premiers professionnels de santé consultés par les enfants et les adolescents.
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Les CMP (centre médico-psychologiques) sont actuellement complètement submergés par les demandes de 1er niveau (celui de l’évaluation) et ne parviennent donc plus à assurer correctement leur mission de suivi des troubles psychiques les plus sévères.
Pourtant les CMP demeurent le principal lieu de prise en charge des enfants et des adolescents souffrant de tels troubles ! -
Il existe aujourd’hui un foisonnement d’initiatives notamment dans le cadre de la prévention suicide (3114/ dispositif VigilanS…) mais avec :
• Peu de lisibilité (pas de guichet unique)
• Un système qui « souffre encore d’un manque de vision stratégique déclinée en outils opérationnels » (cf. rapport de la Cour des Comptes – p61).
Bref, des jeunes dont la santé mentale se détériore nettement et, en face, un système qui semble à bout de souffle…
Faut-il rappeler la hauteur de l’enjeu ?
Précisons simplement que l’état de santé psychique des enfants et des adolescents est l’un des principaux déterminants de leur santé future : 48% des pathologies psychiatriques adultes débuteraient avant 18 ans… et, selon l’étude internationale Global Burden of Disease (GBD), les troubles mentaux étaient en 2019 la 1ère cause de perte d’années de vie en bonne santé pour les 5-24 ans dans les pays de l’OCDE.
Alors, que faire avec ce constat particulièrement inquiétant ?
Tout simplement, relayer cette information, en parler autour de vous, l’évoquer auprès d’élus si vous en connaissez… pour qu’une prise de conscience émerge et des évolutions s’amorcent !
À l’échelle de l’association, c’est un combat que nous porterons, avec vous, nous l’espérons !